CONSPIRATION(encore)
La Terre. Ah ! Quelle belle planète, avec ses écosystèmes, ses populations, ses merveilles naturelles, sa splendeur sans pareil, ses divers horizons, ses magnifiques paysages, ses espèces toutes plus belles les unes que les autres, et… son parasite.
Oui, l’Homme est un parasite. Il est certes le seul à avoir réalisé des avancées technologiques colossales, il a effectué de ces prouesses ! Oui, mais l’Homme est avare, très avare, il est avide de pouvoirs et de richesses. C’est ce qui le conduira à sa perte. Il est tombé dans ce que l’on pourrait définir comme un cercle vicieux. Et voila le résultat, sa planète ne se détruit plus à petit feu à présent, elle est en phase de disparaître à jamais. La paix règne entre les humains à présent, ça en a tout l’air en tout cas. La Terre a été prise pour cible par des Peuples Extraterrestres. Nous ressemblant assez d’après certaines sources.
Des rumeurs courent, elles prétendent que de gigantesques bombardements ont eu lieu, des explosions immenses, que des villes entières ont été gommées de la carte.
Les gens eurent rapidement des doutes, mais ils durent accepter les faits : personne n’arrivait à contacter qui que ce soit dans les dites régions. Toute vie humaine semblait avoir été éradiquée.
Aujourd’hui, en l’an 2024, les avancées technologiques de l’humanité restent faibles par rapport à il y a une vingtaine d’années. De nombreux problèmes ne sont pas résolus, les questions sont toujours posées, notamment concernant les sources d’énergie utilisées, comme le pétrole. Comme le prédisait l’Homme, l’impact sur l’environnement s’en ressent. Si cela continue comme cela, l’humanité courra à sa perte.
Bon, c’est plus ou moins le moment où je me présente. Je m’appelle Mike, j’ai intégré il y a quelques mois une organisation de révolutionnaires. Au sein de cette organisme, les avis divergent à propos de ces rumeurs : certains pensent qu’il y a réellement eu une invasion, d’autres que c’est une gigantesque conspiration. Bref, c’est un peu le bordel. En tout cas, moi, je suis au milieu de tout ça. Avant que ça devienne n’importe quoi, j’étais un citoyen ordinaire, j’habitais à Sydney. Je travaillais dans un supermarché pas très répandu, le WhatUNeed(ISWHATYOUGET) Shop. Et puis bon, comme tout le monde là-bas, j’aimais le surf, je suis une enclume dans l’eau mais je faisais avec. J’étais pas très heureux coincé dans cette vie machinale, mais ça pouvait aller.
Comme je vous le disais, je fais partie d’une organisation de révolutionnaires. Mais on ne le devient pas en allant chez son épicier, il faut la trouver d’abord. Bon en fait, j’ai un peu menti, aller chez son épicier est suffisant. En fait à l’époque, les initiateurs du mouvement ne redoutaient pas vraiment le grand jour, parce que personne ne les prenait au sérieux. On entendait parler d’eux un peu partout, des gens en parlaient dans la rue, il y avait des autocollants dans les cabines téléphoniques, des flyers chez son épicier… J’avais personnellement entendu parler d’eux sur internet, ils m’intriguaient, alors j’avais décidé de me rendre à un de leurs rendez-vous. Ces mecs étaient bien préparés, ils étaient convaincants, ils avaient des arguments en béton, mais les gens étaient têtus, sur la trentaine de personnes présentes à la réunion, nous étions plus que sept quand ils eurent terminé. Ils nous avaient proposé d’intégrer l’Organisation, nous avions passé des examens divers, et trois d’entre nous avaient été acceptés.
J’avais rapidement gradé, c’est un peu un grand mot puisqu’il n’y a pas officiellement de système hiérarchique, mais j’étais quand même considéré comme un agent important au sein de l’Organisation, allez savoir pourquoi.
Dans les mois qui suivraient, j’allais tenter de découvrir qui s’amusait à rouler l’humanité entière. Une hypothèse que mes collègues avaient émise quelques mois auparavant semblait prendre forme, se concrétiser. Ils soupçonnaient des gouvernements de vouloir garder plus de ressources naturelles pour leur pays. Lorsque l’opération de l’Organisation mettant en œuvre cette hypothèse viendrait à se réaliser, je serais envoyé en mission d’infiltration dans une de ces agences gouvernementales afin de déceler une potentielle preuve se situant dans leurs archives.
Cela faisait environ cinq ans, cinq longues années, que j’ai intégré une organisation gouvernementale fortement soupçonnée par mes supérieurs, j’ai pu pendant ce laps de temps grimper les échelons, c’est le résultat d’un dur labeur, multiples testes physiques et psychologiques m’ont évalué, je les ai passés avec succès, et je suis à présent privilégié par mon statut d’officier traitant. Mais avant cela, j’ai effectué de nombreuses missions en tant que simple agent secret, et d’ailleurs, j’étais réputé pour avoir de très bonnes relations au sein de l’Organisation, donc j’étais toujours de temps à autre employé en tant qu’agent taupe par l’OMVR.
De temps à autre je passais au statut d’agent dormant, attendant d’être déployé. Ce qui est drôle dans cette histoire, c’est que j’ai surtout été un agent de pénétration, destiné à s’intégrer dans une organisation dont il n’est pas membre à l’origine. Et devinez laquelle on m’a demandé d’infiltrer !
J’avais été une taupe employée par une organisation de révolutionnaires, l’Organisation, dans une organisation gouvernementale qui m’employait en tant que taupe dans l’Organisation ! Il est cool le topo, nop ? Enfin, j’étais bien arrangé moi, mais j’avoue que ça avait été un peu le bordel pour se faire passer en tant qu’agent productif, qui accomplit ses missions sans faire couler sa cible, qui se trouve être son propre camp. Heureusement que j’avais eu mes collègues qui étaient là pour faire un peu de grabuge, dont je pouvais informer mes supérieurs, mais au final, ça ne les avançaient à rien, ce n’était que de la poudre aux yeux !
Du côté de mon visage d’employé de l’Organisation, je tentais d’espionner l’OMVR, cette fameuse organisation gouvernementale. En fait c’est le surnom qu’on leur a donné, parce que c’est vraiment des hommes verts, ces mecs, pour vouloir exterminer la moitié de la planète. D’ailleurs vous pouvez donner n’importe quelle signification à cet acronyme. Tenez par exemple : Organisme Malveillant Voulant les Ressources naturelles pour eux seuls….
13 février 2031, 06:22
mayke@lorganisation:~$ ssh submissions@213.251.145.96 -p 15241
The authenticity of host ’213.251.145.96(213.251.145.96)’ can’t be established.
RSA key fingerprint is 49:d9:2d:2a:df:fd:80:ab:e9:eb:59:37:58:34:de:f7.
Are you sure you want to continue connecting (yes/no) ? Yes
Warning : Permanently added ’213.251.145.96′ (RSA) to the list of know hosts.
submissions@213.251.145.96′s password : **************
« Parfait, j’ai réussi à me connecter, étais-je en train de me dire. »
mayke@lorganisation:~$ scp Operation_SURVIE.tar.gz submissions@213.251.145.96:Operation_SURVIE.tar.gz
submissions@213.251.145.96′s password : **************
« Ok, c’est en train d’uploader. Mais trace bordel ! Il ne me reste plus beaucoup de temps, je risque d’être repéré, merde ! En tout cas, c’est Wikileaks qui va être content avec ce paquet cadeau. »
Operation_SURVIE.tar.gz
100% [============>] 18MB 648 KB/s 24m
2031-02-13 06:22:31
« Enfin ! C’est fait. Je ferais mieux de partir, il manquerait plus que je me fasse attraper. »
mayke@lorganisation:~$ sudo shutdown now
J’éteignis rapidement mon laptop, le mis dans sa sacoche, et descendis dans l’allée de l’immeuble. Je pris les escaliers, c’était plus sûr. J’arrivai au garage, ouvris la porte de ma Citroën C4, et démarrai. Quelle antiquité cette bagnole ! Enfin, quoique au niveau technologique, elle était pas si loin des derniers modèles, malgré son âge. Je roulai dans le garage, tournant à droite, à gauche, accélérant brusquement. J’aimais cette sensation d’adrénaline, le bruit du crissement des pneus, j’aimais le drift. Si un de mes voisins avait été là, il m’aurait sûrement pris pour un dingo, on fait rarement trois fois le tour du garage avant de prendre la sortie…
Je m’engageai dans la rue, prenant la direction du repère de l’Organisation. Au coin de la rue, j’aperçus une voiture qui m’était familière. Soit dit en passant, je reconnus un de mes collègue à l’intérieur. Je crois qu’ils étaient là pour moi, et j’avoue que j’ai eu des sueurs froides, j’ai même vachement flippé sa mère. Mais bon, elle était déjà loin, elle allait dans le sens inverse…
Je regardai dans le rétroviseur, et vous devinez la suite. La voiture que j’avais aperçue a fait un dérapage contrôlé à 180° ! Elle a coupé la route à deux autres véhicules, frôlant le carambolage. Le reflet de la voiture rouge vif, à la silhouette cabossée et aux contours marqués, peu aérodynamiques, s’agrandit. Je mis quelques secondes à percuter : une course poursuite avait commencé ! Je mis le pied au plancher, mon corps se colla au siège. Je zigzaguais entre les autres voitures, sur le tableau de bord, la petite aiguille indiqua une valeur située sur la haut du cadran. Les immeubles avoisinants devinrent flous et s’allongèrent. Les bruits des klaxons se multiplièrent, je roulais à presque 110 Km/h en plein centre-ville ! Mais mon poursuivant ne lâchait pas prise, elle était à moins de deux rues de distance et maniait son auto avec plus d’habileté que moi-même ! J’étais pourtant friand de ce genre d’activités. Il y avait des travaux publics en vue, et une grosse file de voitures, la voiture qui était devant moi freina brusquement pour venir s’y caser, j’ai failli lui rentrer dedans, mon rétroviseur en paya les conséquences. Je pris une décision instantanément, et pas vraiment la meilleure : je m’étais engagé sur la gauche de la file, et j’étais juste en train de rouler à contre-sens. Je me frayais facilement un chemin parmi les voitures qui dégageaient le passage toutes seules, J’alternais les freinages et les accélérations toujours pour semer mon poursuivant. C’est précisément à ce moment que je remarquai que c’était fait : la voiture rouge était de l’autre côté de la file, je virai brusquement dans la première rue à ma portée, bye bye gentil collègue. Je pus enfin reprendre mon calme, je baissai l’allure, roulant à une vitesse d’environ 35 Km/h, méritant le klaxonnement de dizaines de voitures. Ça ne me dérangeait pas, je reprenais mon souffle. Cinq petites minutes plus tard, j’avais le soleil dans les yeux, et j’aperçus un éclat rouge vif qui me fonçait droit sur moi, je n’eus pas le temps de réagir que la voiture me barra la route après un joli dérapage. La rue était vide, avant que je n’aie commencé une marche arrière un des passagers creva les pneus avant de mon véhicule à l’aide d’un silencieux. Mon collègue, brisa la vitre, me lança un « Tu vas venir avec nous, on a à te parler », je lui répondis le plus gaiement possible « Salut, Maurice » en déguisant mon visage d’un sourire forcé, à la limite du rictus. Il tira une grimace et m’asséna un coup de poing dans mon arcade sourcilière, et un autre dans ma tempe, je m’écrasai sur le fauteuil passager, la vue assombrie et floue. Je perdis connaissance.
Un jour plus tôt. Je me trouvais dans les bureaux de l’OMVR, je me dirigeais comme chaque matin parmi des centaines d’autres, vers celui dont la porte était affublée d’un écriteau sur lequel figurait mon nom en grandes lettres noires dans une police munie d’empattements : « Jean Naymor », enfin, c’est plutôt mon « nom » que mon nom, mais c’est un détail. Lorsque j’aperçus mon bureau au bout du couloir, couloir qui se trouve être comme je les aime : blancs, dotés d’une ligne de couleur flashy, vert pomme dans le cas présent, et surtout, dépourvus de taches, une charmante femme à l’air autoritaire, accompagnée de Maurice qui se trouvait en retrait, m’aborda, et m’informa que je devais suivre Maurice. Je plantai là la jolie femme sans me retourner et allai en direction de mon collègue, quand j’arrivai à sa hauteur, je l’interpellai :
- Eh Maurice comment va ? lui demandai-je, c’est une question bateau mais ce n’est pas un problème.
- Désolé Jean, j’ai pas le temps de papoter, coupa-t-il, suis-moi.
- Il y a quelque chose d’important ? interrogea Jean.
- Oui mais je t’en parlerai après, quand on sera au calme, interrompit-il.
Je le suivis sur cette entrevue énigmatique me faufilant entre les larbins porteurs de thé, et autres fonctionnaires d’État à l’importance équivalente à celle d’un président. Tout semblait se passer en accéléré dans ce bâtiment, tout le monde semblait pressé d’en finir avec leurs tâches et leurs besognes, de peur de finir renvoyé sous prétexte d’avoir pris un peu de retard.
Nous prîmes l’ascenseur, à l’intérieur duquel empestait une odeur de fumée nauséabonde et se trouvait une trentaine d’employés, nous nous trouvions à présent au 28e étage, secteur B2. Le bureau du patron, le « Patron Suprême Sadique » pour le commun des mortels employés ici-bas, se trouvait au 31e étage. Nous entrâmes dans le bureau de Maurice, et je fermai la porte. Vlan ! Toute cette agitation cessa en moins d’une seconde. Le silence le plus total régnait au sein de la pièce rectangulaire, pourvu d’une paroi vitrée convexe, bombée. La vue sur la ville était magnifique, on avait un panorama sur le mélange de constructions urbaines et d’espaces verts. J’aperçus les enseignes géantes lumineuses de marques mondialement connues, et répandues. « Blablabla comes near your city ! », voilà une phrase vu et revue, vieille comme le monde. À cet instant, Maurice éleva la voix :
- JEAN ! cria-t-il.
- Oui, Maurice ? répondis-je, étonné et coupé dans mes pensées.
- Ça fait trois fois que je t’appelle ! bougonna-t-il, trois fois !
- J’ai dormi que quatre heures cette nuit ! répliquai-je dans un accès de colère.
- Jean, je sais que t’as de bonnes relations avec eux, et le boss a encore une mission pour toi, de la routine, mais il veut absolument que tu la fasses, m’expliqua Maurice.
- Ouais, ouais, tu m’en reparleras plus tard… répondis-je d’un air las, tandis que, intérieurement, j’étais un peu paniqué, parce qu’aucun des mes collègues de l’Organisation ne m’avait informé d’une éventuelle pseudo-émeute. Tu sais Maurice, moi je me suis toujours demandé pour quoi on effectue ces missions, déjà, les mecs que j’infiltre, ils nous veulent quoi ? Et nous, pourquoi on existe ? Quels sont les objectifs de notre patron ? lui-demandais-je d’un air curieux, mais pas trop.
- Ici, mon pote, personne ne sait quoique ce soit sur ce sujet ! Tout le monde effectue les tâches qu’on lui demande sans rien demander… Des rumeurs courent, elles disent que les dossiers qui parlent de tout ça, nos buts tu sais… se trouveraient pas dans la salle des archives mais dans le bureau-même du patron ! Mais tu veux que je te dise ? Moi je pense que si c’est vrai, les dossiers n’y sont plus depuis un bon moment ! Il a dû cacher la version manuscrite et celle informatisée dans le bureau d’un de nos collègues. Ça peut être n’importe qui ! affirma-t-il le visage muni du sourire de celui qui en sait plus que les autres. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que ça a pas quitté le bâtiment, le patron aurait trop la frousse de se faire suivre à sa planque et de mettre ne danger les infos… Dans cette immeuble, il y a bien trop de cachettes et personne n’oserait prendre en filature le patron dans sa propre agence… Et encore, je vois pas l’intérêt ! Il paraît que le patron est amnésique, suis-le autant que tu veux, même s’il veut aller chercher ces dossiers, il l’aura oublié le temps d’y arriver ! Ou alors il aura oublié le chemin, voire la cachette exacte…
- Peut-être qu’en lui mettant un mouchard… tentais-je désespérément.
- Impossible ! T’es malade ? dit-il en se moquant, les murs sont bien trop épais pour laisser passer les ondes, et il faudrait vraiment être habile pour parvenir à lui coller ça dans la manche ! Bon, j’ai mieux à faire, et pour ta mission : les dossiers sont sur ton bureau.
Nous sortîmes par la porte peinte de rouge, et nos chemins se séparèrent, au sens propre comme au figuré. Ce fervent serviteur de l’OMVR ne m’aurait pas laissé agir s’il avait su… Je dois absolument trouver ces dossiers, ils peuvent être n’importe où, tant pis, je suivrais le patron s’il le faut. Le temps de cogiter un peu là-dessus je me rendis à mon bureau en passant par les escaliers, je ne supportais pas cette agitation. Je me demandai comment je pouvais les trouver, ces fichus dossiers. Il y en a sûrement des centaines voire des milliers de bureaux ! Et je parle même pas du nombre de planques dans chacun d’eux ! Mais comment le patron, s’il était le seul à savoir où ils se trouvent, pouvait s’en souvenir s’il était amnésique… Il devait bien y avoir un de ses proches au courant. Peut-être un perroquet, vas savoir ! Je réfléchis encore un long moment, je finis par me résoudre à accepter que personne à part lui ne connaissait la planque… Que fait un amnésique pour rien oublier ? Ils utilisent des post-its, non ? Ca doit être ça ! Il doit avoir un post-it, un rappel sur son portable ou quelque chose dans le genre… J’élimine déjà les solutions s’appuyant sur la technologie informatique, ça serait sûrement déjà trop risqué à son goût. C’est décidé, cette nuit, j’entre par effraction dans son bureau !
Je regardai ma montre : 01:19. Cela faisait exactement trois heures et vingt-quatre minutes que j’étais planqué dans un conduit d’aération. Mon corps était contorsionné depuis un bon moment, et il était surtout très endolori. J’avais des crampes un peu partout. A dix heures pile, tous les employés étaient priés de sortir. Personne n’avait le droit de faire des heures supplémentaires. Et je dis bien le droit, parce que ce taff paye bougrement bien, et il serait franchement dommage de froisser le boss en prenant un peu de retard. Mais il se souciait plus de la sécurité de son agence que de sa productivité. Donc, pour éviter tous vols d’informations, tout le monde devait quitter le bâtiment pour la nuit. Chaque bureau était fouillé de fond en comble pour ce faire, et des bureaux, y en a des masses. Moi, je suis justement là pour ça, et c’est franchement plus simple de se trouver une planque et d’attendre que d’essayer d’entrer dans l’immeuble par effraction. Les entrées sont blindées, plus par des gardes que par du béton armé, mais elles le sont. Par contre, pour le reste de l’immeuble, c’est pas tout-à-fait ça, il est trop grand pour être entièrement surveillé par des gardes. À la place, il y a des caméras. Mais il y en a un bon millier, voire plus. Et des surveillants, au contraire, il y en a plus ou moins une ou deux centaines. C’est pas énorme. Il y a de fortes chances que je puisse entrer dans le bureau du boss sans que qui que ce soit ait les yeux rivés sur moi. Je sais que certaines caméras ont plus d’importances que les autres, entre autres celle qui surveille l’entrée du bureau du boss, mais bon, qui ne tente rien n’a rien. J’espère aussi que personne ne se repassera les enregistrements vidéos avant quelques jours…
« C’est bon, chef, tous les bureaux ont été fouillés. Terminé. » entendis-je soudainement. Il était 01:34. J’écoutai plus attentivement encore : « Ok, chef, j’arrive. Terminé. ». C’était le moment parfait, je pouvais pénétrer dans le bureau, le temps que les surveillants rejoignent la salle de contrôle, il n’y avait que très peu de surveillants qui y étaient déjà. J’entendis le bruit des pas du surveillant devenir de plus en plus inaudibles, et un silence parfait s’installa. Je m’empressais de dévisser la plaque du conduit, et je la posai derrière moi, je sautai du haut du mur, vers le plafond, et atterris sans un bruit. Je courus sans la pointe des pieds, et lorsque j’arrivai à l’entrée du bureau du patron, qui n’était gardée par aucuns vigiles, en tout cas pas sur le moment, je tentai d’arracher la poignée de la porte. Je n’essayai même pas d’opérer en finesse, je savais que le lendemain, personne ne me trouverait à mon bureau. La poignée se fracassa et produisit un vacarme étonnant à cause des échos. Là, j’étais foutu. Et la porte ne s’était même pas ouverte ! Je me décidai à mettre un gros kick dans la porte, tant qu’à faire. Elle s’ouvrit, toute ruinée. Dès que j’eus pénétré le bureau, je me mis à la tâche : je fouillai tout de fond en comble : dans les tiroirs, les armoires, sous les tapis, l’ordinateur était allumé, il était définitivement amnésique ce gus. Je fis une rapide recherche dans le système de fichiers à l’aide de la commande locate, je ne trouvai rien. Sois même le boss n’a pas les permissions pour accéder à ce fichier, sois il n’était pas dans le système informatique de l’OMVR. Peut-être sur une clé USB, sait-on jamais. Je continuais à tout ravager, tentant désespérément de trouver quelque chose. Je devais sûrement déjà être repéré, avec le boucan que j’ai fait, et même sur les caméras on devait pouvoir finement observer que la porte était pétée en deux. Je finis par mettre un coup de poing dans le mur : mon poing le traversa. Bizarre. C’est seulement dans ce bureau que je vois ça, dans mon bureau et sûrement dans tous les autres, ils sont en béton, les murs. Je mis un autre coup de poing, puis un coup de pied, j’arrachai morceau par morceau le plâtre qui constituait ce mur. Je ne trouvai aucuns post-its ni quoique ce soit dans ce genre… Je tâtonnai à l’aveuglette avec ma main dans le fond du mur, je sentis qu’une matière lisse glisser sous mes doigts. Soudain, mes doigts heurtèrent un objet dur : j’arrachai vivement tout un pan du mur, miracle ! Je vis une clé USB sur un dossier bien garni. Ça devait sûrement être ça ! Je le pris d’un geste sec, une inscription manuscrite figurait sur la première de couverture : « Opération SURVIE ». Bingo ! Je ne pris pas la peine de le feuilleter, je le mis ainsi que la clé dans mon sac à dos. Il ne me restait plus qu’à dégager le plancher. Je me tournai vers la baie vitrée : j’aimais franchement beaucoup les vues en hauteur. Il y avait un building à une dizaine de mètre du nôtre, et avec une jolie piscine sur le toit d’ailleurs ! Il troublait un peu la vue mais ce n’était pas très dérangeant.
« On peut savoir qui tu es ? » me lança une voix dans mon dos, je ne me retournai pas. Mon visage était découvert. Je mis mes mains en l’air. La voix me donna un ordre : « Recule doucement, jusqu’à arriver à ma hauteur ». J’obéis. J’entendis le bruit cristallin de chocs métalliques : des menottes. Je ne pouvais pas le laisser faire. Je vis une publicité lumineuse pour une barre chocolatée sur la paroi d’un building environnant. Le pied du surveillant commença produire une légère pression sur mon mollet, ma jambe allait descendre tout seule. Elle affichait un slogan bateau : « Lance-toi ». En tout cas, je remercie le cadre qui proposa cette mocheté. Mon cœur battit extrêmement vite : je piquai un sprint précipité et traversai la baie vitrée. Le temps tourna au ralenti. Je vis le vide oppressant du 31e étage, des éclats de lumière : les phares des voitures. J’entendis la musique écoutée à un volume bien trop élevé résonner sous mes pieds. J’entendis deux coups de feu, seulement deux. Il devait croire comme moi que je mourrais. Je pris mon sac et le jetai. Le silence sourd et apaisant de l’environnement aquatique. Était-ce cela que la sensation de la mort ? J’ouvris mes yeux, où me trouvais-je, si j’étais mort ? Je ne vis rien, ma vision fut troublée, mes yeux me picotaient. Bleu.
Je repris mon souffle. Je sortis de la piscine. Mon sac attendait gentiment d’être remis sur des épaules. J’entendis une voix crier : « T’es même pas mort, connard ! ». Le surveillant ressortit son pistolet de son étui. Je repris mon sac. Heureusement que je l’avais balancé avant de tomber dans l’eau. Ça aurait été la cata. J’entendis le clapotis de l’eau : l’autre bouffon avait ouvert le feu ! Je commençai un sprint et me dirigeai vers la porte coulissante entièrement vitrée. Cet appartement n’était apparemment pas habité. Personne n’était venu voir qui s’était incrusté sur sa terrasse. Je répétai l’expérience : je rentrai tout bonnement dans la vitre qui se brisa forcément. Je cherchai la sortie dans cet appartement luxueux, je renversai au passage une bonne dizaines de bibelots dans ma précipitation. J’ouvris la porte et la refermai derrière moi. J’appelai l’ascenseur. Pas question de prendre les escaliers. De toutes façons, si des surveillants sont à ma poursuite, il prendront les deux chemins. J’espère qu’ils ne prendront pas le troisième. La voie des airs. Non, ils ne sont pas aussi fous que moi. Enfin j’espère… Le tintement signalant l’arrivée de l’ascenseur brisa le silence. Le chuintement des portes coulissantes prolongèrent cet acte. J’appuyai sur le bouton n° -1. J’allais passer par le sous-sol.
« Vite, magne-toi ! Il va nous échapper ! » gronda le surveillant. Il demanda :
- Bon, où est-il à votre avis ?
- Il doit vouloir quitter l’immeuble je pense. Il n’a sûrement pas réitérer son exploit, il n’y pas d’autres toits assez proches se situant en profondeur, répondit un de ses collègues.
- Il aurait pris les escaliers ? Ils font tout le temps comme ça dans les films, suggéra le surveillant. Un troisième collègue ricana, tandis que le deuxième remarqua judicieusement :
- Pour se taper 26 étages ? Je pense qu’il a pris l’ascenseur.
- D’ailleurs l’ascenseur est occupé, observa un quatrième collègue. Cela fit tilt au deuxième :
- Merde ! Le sous-sol ! cria-t-il tandis qu’ils entendirent la porte de l’ascenseur coulisser en dessous d’eux. Il est au sous-sol, vite !
Je traversais en courant le garage sous-terrain en passant entre les voitures garées. Je m’approchais de la sortie pentue, et sinueuse. Il fallait que j’atteigne ma voiture que j’avais garée quelques rues plus loin, pour éviter que quelqu’un se doute qu’un intrus était resté dans l’immeuble en voyant un véhicule abandonné dans le sous-sol de l’agence. Je courus plus vite encore, je commençais à gravir la pente qui me mènerait à l’extérieur. Je vis enfin les voitures défiler en masse sur la route devant moi. Je pris un petit instant pour me repérer, et partis à droite. Il y avait une trottinette abandonnée sur le trottoir. Il n’y avait pas de frein et le guidon était en mauvaise état. Je la pris, elle m’aida vraiment beaucoup parce que je n’avais plus de souffle. Dommage que la roue ait été cabossée, on m’entendait à dix kilomètre maintenant. Une balle siffla à côté de mes oreilles. Damn. Je pris de l’allure et tournai à droite, j’avais ma voiture en vue. Une autre balle vint se loger dans mon bras gauche, je faillis tomber. J’arrivai à la hauteur de ma voiture. Je sautai de la trottinette la laissant rouler sur une dizaine de mètre. Elle finit sa course au milieu de la route. J’étais entretemps entrer dans ma voiture. Je démarrai, et une dizaine de coups de feu produisirent un vacarme assourdissant, la moitié des balles vint amocher ma peinture, l’autre moitié vint briser une vitre et trouer une autre. Il y avait une longue file de voitures et d’embouteillages à ma droite, des pitbulls enragés à ma gauche. Hmmmm….
Je tournai et accélérai : je roulais à environ 60 Km/h. Des dizaines de balles s’encastraient dans ma voiture, je me baissais pour ne pas m’en prendre une en pleine tête. Je ne regardais pas où j’allais. Un bruit sourd me fit sursauter, je levai la tête pour voir ce qu’il s’était passé : une grosse flaque de sang recouvraient mon pare-brise, des gouttes le parcouraient de bas en haut à cause de la résistance de l’air. Merde ! Je regardais derrière moi, je vis un corps retomber sur la route. C’était un des surveillants, et ses copains étaient pas contents. Je l’étais pas moi aussi. Ce mec avait sûrement une famille ! Mais quand on tient à sa peau… Aucun des surveillants n’avait eu l’idée de prendre un véhicule. J ‘étais en train de les semer.
J’ouvris la porte de mon appartement, j’allumai la lumière. Je posai mon sac, et alla me changer. Une fois au sec, je m’empressais d’allumer mon ordinateur portable. Il fallait que j’envoie ces documents. Ils étaient d’une importance capitale. Grâce à eux, nous pourrions les inculper. Ou tout du moins révéler la vérité et pousser le peuple à manifester. Des gouvernements se chargeraient de les taire, d’autres se chargeraient de les aider. Ça risquait de devenir n’importe quoi, mais il le fallait. J’envoyai les documents à l’Organisation, ils les attendaient depuis plus de cinq longues années. J’avais enfin accompli ma mission. Ces cinq longues années passées à grader n’auront servies à rien. Il aura suffit de les voler. Enfin… Pour trouver leur emplacement, il fallait bien avoir des contacts. Ouais c’était peut-être pas si inutile d’y passer autant de temps… Merci Maurice. Il était 06:22, le 13 février 2031…
Idris Cheikh, janvier/février 2011
« Toc, toc, toc ! C’est le croque-maure ! »
(4897 mots
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